Une vie bien réglée (première partie)

Publié le 13/03/2014 à 23:09 par samson
Une vie bien réglée (première partie)

 

Comment ais je abouti en Bavière, dans cette brasserie La Hofbräuhaus am Platzl, la plus grande brasserie au cœur de Munich ? Je n'en sais strictement rien. Il y a une minute à peine j'étais tranquillement chez moi, dans mon appartement en plein cœur de Paris, en train de regarder le journal de 20 heures, avec mon chien couché à mes pieds.

 

Ma journée au bureau s'est déroulée normalement, j'ai reçu les clients de la Banque dont je suis chargé de gérer le patrimoine, et quand je suis rentré chez moi ce soir, j'étais plutôt satisfait des conseils avisés que j'avais pu leur donner. Je pense être un bon professionnel, apprécié de mes clients et de ma hiérarchie qui grâce à moi font des profits financiers plus que significatifs. Je suis ce qu'on appelle un cadre supérieur aisé et je n'ai pas à me plaindre de la vie à l'heure où tant de personnes perdent leur emploi ou vivent avec des salaires trop modestes pour faire des extras.

 

Je vis seul depuis deux ans dans cet appartement cossu du 16ème, depuis que ma femme est morte en 6 mois d'un cancer des ovaires. Nous n'avions pas eu d'enfants par choix car l'un et l'autre voulions profiter au maximum de la vie sans aucune contrainte. Nous avons ainsi fait de nombreux voyages aux quatre coins du monde et ne nous sommes privés de rien. Après le décès prématuré de mon épouse, tous nos projets se sont effondrés comme un château de carte et j'ai du être hospitalisé 4 mois dans une clinique psychiatrique dans un état de dépression profonde. Tout mon univers venait de s'écrouler. Je me retrouvais seul dans une vie qui me paraissait absurde

 

Depuis que j'ai acheté cet appartement dans le 16ème, j'ai retrouvé un équilibre dans une vie plus calme et sédentaire qu'autrefois mais qui m'a aidé a retrouver une forme de paix intérieure. Moi qui était athée, je me suis pris d’intérêt pour le bouddhisme sur les conseils de mon psychiatre. Je fréquente un monastère bouddhiste dans les environs de Paris où je me retire régulièrement pour quelques jours de retraite avec plusieurs de mes collègues amis de ma banque qui cherchent comme moi à se ressourcer à des valeurs d'altruisme, loin de ce monde professionnel stressant où seul l'argent et le profits sont rois.

 

Mais comment suis je arrivé dans cette brasserie de Munich au milieu de tous ces gens qui rient et parlent bruyamment dans un allemand au fort accent bavarois ? Moi qui pensait avoir retrouvé le calme d'une vie bien rangée, quelle main mystérieuse m'a amené dans cette brasserie. Je suis assis à cette table avec un pot de bière à moitié plein. La serveuse vient dans ma direction avec un énorme plat de choucroute qu'elle dépose devant moi. Elle me sourit et semble me connaître. Je baragouine un mot d'allemand pour garder une certaine contenance : Danke Schöne.

 

Bitte schön Herr Muller me répond elle. Guten Appetit. Il doit y avoir erreur. Je m'appelle Mr François. Il y a 10 minutes, j'étais assis devant ma télévision dans mon appartement du 16ème et me voici dans cette brasserie. Je vis un mauvais rêve et je vais me réveiller. Plongé dans cette pensée, une blonde plantureuse, le visage jovial, s'asseoit en face de moi. Elle s'adresse à moi d'un ton familier et je ne comprend pas un traitre mot de ce qu'elle me dit. Les quelques souvenirs d'allemand que j'ai remontent à plus de 45 ans et en dehors de bonjour, au revoir, et merci, je ne connais plus un mot d'allemand.

 

La femme me regarde soudain d'un air inquiet. Elle a remarqué mon mal être et surtout mon mutisme et ne semble pas comprendre. Hans me dit elle d'un air interrogatif et affectueux. Wie geth's ? Bist du krank ? J'ébauche un sourire géné pour essayer de la rassurer. Sous mon faux air calme, ça bouillonne dans ma tête. La peur monte en moi. Me retrouver dans cette brasserie à des milliers de kilomètres de chez moi devant une choucroute qu'on à jamais commandé et d'une femme que je n'ai jamais épousé, c'est flippant.

 

Un certain Gunther passant par là me reconnaît et me dit avec un grand sourire : Wie geth's Hans ?

Décidément c'est une manie dans ce monde de demander aux gens comment ils vont. Comment veux tu que je me sente pensais je en moi même. Mal, trés mal bien évidemment. Lui aussi semble surpris de mon air perdu. Visiblement je dois ressembler à un certain Hans qui doit être un de ses meilleurs amis. Sehr Gut je lui répond pour le rassurer. Cela semble fonctionner puisqu'après une tape amicale dans le dos et après un Gut Nacht à Greta, il repart. Ainsi donc ma femme bavaroise s'appelle Greta. Pas très original comme prénom pour une bavaroise.


La soirée va très mal se passer, je le sens. Quand Greta va s'apercevoir que je ne comprends rien de ce qu'elle me dit, elle va appeler les secours en pensant que je fais un accident cérébral.

Et dire que j'ai même pas mes papiers sur moi pour prouver que je suis français et que j'habite Paris.

Le doute m'envahit.

 

Suis je vraiment un allemand qui vient de faire un accident cérébral et ne se rappelle plus ni sa langue ni qui il est et qui s'imagine être un cadre français veuf ou suis je vriament celui que je crois être mais alors comment ai je atterri subitement ici au milieu de ces gens qui croient me reconnaître ?

 

Je ne vais plus dire un mot du repas en faisant croire que je suis préoccupé, prendre l'air le plus naturel possible en rassurant ma pseudo épouse allemande et attendre de voir comment vont tourner les événements.

On aurait pu me prévenir. J'aurais au moins pris ma brosse à dent et mon pyjama.



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                                           Bavarian Oktoberfest

Commentaires (1)

pantherspirit le 15/03/2014
Philippe, réveille-toi et vite --ALLEZ, VIN DIOU--!!
Ah non , je ne vais certainement pas te laisser ,sans réagir, dans cette brasserie Munichoise! Nous sommes dans la soirée du 8 novembre 1923, et un putsh se prépare ! VIN DIOU !!
D'ailleurs, tu n'es ni Hans ( ni Gretel !!) et à la question de Greta --- ou autre-- te demandant encore " bist du krank ? "ou éventuellement " hast du trinken ?", tu fais semblant d'être absorbé par ta choucroute et sa garniture foisonnante, en mâchonnant une saucisse un peu élastique ( tu gagnes ainsi des minutes indispensables !)....Et puis, bien sur, tu ne connnais ni d'Adam ni de Gretchen, aucun Adolf, Otto, Gustav, Rudolf , j'en passe et des pires !!!
Cela me donne le temps necessaire afin de me télé-transporter devant la brasserie en ma tenue de panthère volante. Toi, tu arrives mine de rien
( avec ta choucroute garnie si tu le désires , je n'y vois pas d'inconvénient ) ,et on se casse de là à la vitesse d'un avion supersonique dernier cri, invisible, car non encore crée à cette époque !
Voilàààààà !!!!
Allez, je te file maintenant pyjama, brosse à dent et doudou si tu le veux, et pour boucler le tout, je change de disque pour que tu puisse écouter de la super musique jazzy-ambiance-feutrée-verre de cherry ...Moi je vais en boire une grande rasade , et faire une sieste bien méritée devant un tel choc psychologique !
.....Et ne recommence pas, Ami Philippe...!



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