Le blues de Harry (suite de voyage de noce)

Publié le 13/09/2015 à 10:25 par samson
Le blues de Harry (suite de voyage de noce)

Quand Harry le doux entra dans son appartement de 400m2 ce soir là au dernier étage d'une tour en plein cœur de Manhattan, plus prés du ciel avait il l'habitude de dire avec son humour si particulier, il ressentit comme une sentiment de vide. Il s'enfonça dans son grand fauteuil en cuir hérité de son père. Harry avait le sens de la famille.

 

Il repensa à Joe l'embrouille, feu son garde du corps qu'il venait d'envoyer ce matin par 300 mètres de fond sans tuba ni masque avec la lourde mission bétonnée à ses pieds d'aller à la recherche de son grand amour immergé et ca lui faisait comme une petit pincement au cœur. Il essuya une petite larme de crocodile au coin de l'œil en souvenir de la période où gamin il avait été enfant de chœur du curé de son village. Il montrait déjà cette époque des dispositions de collecteur de fond puisqu'il avait l'habitude de prendre sa commission sur la quête avant de la remettre au curé. Y a pas à dire, la religion, ca vous bonifie un homme se disait il toujours.

 

Il tuait mais en pleurant ses victimes, c'est là ce qui faisait toute la différence. Il avait du respect pour ces hommes qui le protégeaient jour et nuit de ses ennemis, et des ennemis il en avait autant qu'il en pleuvait. Non décidément Joe l'embrouille lui manquerait, bien qu'il l'ait bien cherché. C'était le meilleur de ses gardes du corps et un baiseur de première mais il avait franchit la ligne rouge : On ne touchait pas à sa nana.

 

Le sort aquatique de sa greluche justement, il n'en ressentit aucun émoi. Elle l'avait bien cherché la salope. Après tout ce qu'il lui avait offert en bagouzes, manteaux de vison à coller un infarctus à Brigitte Bardot, robe de haute couture confectionnée par Karl Lagerfeld en personne, elle avait eu l'outrecuidance d'aller se faire sauter par un bouseux de garde du corps. Même morte et bouffée par les requins, il ne lui pardonnerait jamais.

 

Avec un passé d'enfant de chœur. Harry se rappelait la maxime de l'ancien testament "oeil pour oeil, dent pour dent" mais il y ajouté sa petite touche personnelle. Lui, pour un oeil crevé, il crevait le mec.

 

Plongé dans ses pensées, il se servit un double whisky. Fidèle à ses traditions écossaises, ce whisky était sa détente du soir après une dure journée. Être chef de la mafia New-yorkaise n'était pas une sinécure. Une fois par semaine, il allait s'allonger sur le divan de son psy pour se plaindre de toutes les crasses qu'on lui faisait alors qu'il n'y avait pas plus gentil que lui. Il n'avait jamais tué personne par sadisme. Il faisait tuer proprement quand la négociation avait échoué. En affaire, Harry le doux privilégiait toujours le dialogue. Il disait souvent qu'un homme mort est un mauvais payeur. Il a de l'humour Harry.

 

C'est un homme pacifique comme il se plait à le dire, une sorte de Gandhi de la mafia. Il n'y a que lui cependant qui en est convaincu. Jamais il ne tue lui même ses victimes, il a horreur de la vue du sang depuis qu'il a visité un abattoir de moutons avec son père quand il avait 7 ans. Il en était ressorti tout bouleversé. Le jour où il est entré dans les affaires, il s'est juré de ne jamais verser une seule goutte de sang, c'était une question d'éthique.

 

Ses ennemis, il ne les tue jamais lui-même et ses sbires ne doivent les trucider que proprement. Ils peuvent les noyer en les jetant dans l'océan enfermés vivant dans des sacs de jute lestés de plomb, les étrangler à la corde de piano, les empoisonner à la mort-au-rats mais jamais, oh grand jamais, en les égorgeant comme des moutons. Malheur au sbire sur lequel il il trouvait un couteau. Harry avait de l'humour mais on ne plaisantait pas avec ces choses là. Quand Harry était contrarié par un homme de main ou tout autre personne le sort du malheureux en était jeté...à la mer.

 

Harry le doux avait sa réputation à défendre : il ne serait pas dit que ses hommes joueraient du couteau comme des bouchers. Harry n'était pas exigeant. Il proposait systématiquement sa protection contre un versement de 75% du chiffre d'affaire de tous les commerçants de New-York. Le marché était équitable : ces derniers restaient en vie et jouissaient encore de 25% de leur chiffre d'affaire. Son père en Écosse n'avait pas eu cette chance. On lui avait acheté une misère les moutons qu'il avait élevé et criblé de dettes, il l'avait trouvé pendu à une poutre de la grange. De plus, ces commerçants New-yorkais ne semblaient pas se rendre compte qu'il avait des frais avec tout ces personnes qu'il employait pour arpenter les rue de New-York. Ils devaient repérer les nouveaux commerçants (et je parle pas des Magasins U, les super commerçants) et leur proposer courtoisement la protection du boss. En cas de refus, Harry était clément. Ils se contentait de mettre le feu au magasin. Généralement cela dissipait tout malentendu et le commerçant s'excusait d'avoir mal compris. On en restait là généralement car comme je vous le disais, Harry n'est pas un rancunier. Du moment qu'on le laisse tranquille en ne le contrariant pas, il est heureux.

 

Et puis il lui faut aussi payer toute cette armée de comptables pour tenir scrupuleusement les comptes de sa récolte de fond. Sans compter le cabinet d'avocat d'affaire dont il s'était assuré les services. Avec le fisc faut pas plaisanter lui avait dit son père qui était un homme foncièrement honnête. Harry avait compris la leçon. Il respectait la mémoire de son père et il avait pas envie de plonger à cause d'un banal contrôle fiscal car en affaire Harry avait une éthique : il n'était pas un voleur. Tout ce qu'il gagnait à la sueur de son front, il le déclarait.

 

Harry était un patriote et avait le sens de la collectivité. Il avait d'ailleurs fait un don généreux à l'église baptiste de son quartier en faveur des déshérités. Il se souvenait trop de ses origines modestes pour y être indifférent. C'est à toutes ces choses que Harry le doux pensait en dégustant son double whisky importé directement d'Écosse.

 

La soirée était douce. Harry commençait à se détendre. Il prit nonchalamment un cigare qu'il se faisait livrer directement de la Havane où il avait des potes dans le même business. Boire son whisky et fumer son cigare était un rituel immuable pour Harry. C'était comme prendre la communion quand il était enfant de chœur. Il avait l'impression d'honorer Dieu pendant ce rituel.

 

Harry ouvrit machinalement la radio. C'était l'heure des infos. Il entendit la voix nasillarde du speaker annoncer que des pêcheurs avaient remonté dans leur filet au large de Manhattan deux cadavres à moitié déchiquetés d'un homme et d'une femme. Harry se promit de faire broyer menu ses prochaines victimes avant de les envoyer en mission au fond d l'océan. C'est qu'il aimait aussi les animaux Harry et il avait une pensée aussi pour les requins vieillissant qui avaient perdu leurs dents "et qui avait quand même le droit à se nourrir décemment eux aussi ".

 

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